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MARIA BEJ(Z)ANOVSKA

Chevalier des Arts et des Lettres.

 

TRADUCTRICE

français / macédonien / serbe / croate

 

 

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Sorcière

( Vestica - macédonien )

Roman de Venko Andonovski.

PRÉSENTATION :

Ce roman, avertit son auteur, "n'est pas conseillé aux personnes plus jeunes que le feu".

Il rappelle en exergue de son livre qu’en Europe, entre le 10ème et le 18ème siècle, près d’un demi-million de femmes ont été condamnées au bûcher sous le prétexte d’être des sorcières et d’avoir signé un pacte avec le diable. Les accusations venant le plus souvent de leurs maris. Il s’agit, écrit Andonovski, d’un des plus grands génocides dans l’histoire de l’humanité dont on parle rarement, même de nos jours. Dans les bibliothèques, il existe une modeste nomenclature d’une bibliographie cependant riche, sous une formulation "juridique" symptomatique :

impotentio ex maleficio,

( l’impotence provoquée par la méchanceté et la magie… ).

C’est l’histoire de Yovana de Macédoine et de son père Isaïe, le berger. Yovana, esclave de Gjévadin le Bey, est vendue à Florian, un commerçant de Dubrovnik. Elle part donc en compagnie de son père en Croatie où ils auront un destin tragique. Yovana ou Johanne la Rousse sera accusée d’être une sorcière et d’avoir conclu un pacte avec le diable, et son père Isaïe d’hérésie et de complot avec le malin. Padre Benjamin, un théologien croate et professeur à Paris, qui tombera amoureux de la jeune fille, disparaîtra avec eux sur le bûcher en y attirant aussi l’inquisiteur. Ainsi, la thèse selon laquelle la lumière est toujours suivie par son ombre, c’est à dire l’obscurité, tout comme la mort suit la vie, et le mal succède au bien, est confirmée.

Dans le même temps, se déroule une histoire d’amour contemporaine entre La Rousse du café "Londres" à Skopje et l’écrivain, c’est à dire l’intellectuel. Ils représentent une sorte de pendant narratif du drame amoureux historique.

Après plusieurs centaines d’années les amoureux seront de nouveau ensemble.

En dépit du sujet très provocant, celui des sorcières et celui des chemins embrouillés de l’homme vers Dieu, mais aussi vers le Diable, l’auteur écarte les "histoires faciles" qui flatteraient superficiellement l’attention du lecteur. Au contraire. Le roman Sorcière est un roman profond, métaphysique, sur l’homme écartelé entre le bien et le mal. La question y est posée ouvertement : qui a besoin de ces fausses accusations de complot avec le diable, de la dégradation totale et de la destruction de la femme à travers l’histoire ? Ne s’agit-il pas tout simplement de l’impuissance et de l’impotence de l’homme ?

La particularité de ce roman tient aussi à une autre dimension : le rapport entre le lecteur et l’auteur. D’où la question : pourquoi le lecteur ne prendrait-il pas la plume pour éprouver lui aussi le risque du mot et de l’écrit ? Vu sous cet aspect, le roman est très ouvert et non conventionnel : le lecteur a la possibilité d’ajouter des lignes, d’agir sur le destin des personnages, d’ "entrer" ou de "sortir" librement du roman dans la réalité et vice versa. Le lecteur devient un personnage romanesque, il n’est pas d’accord avec son propre destin, il polémique sur le déroulement de l’histoire. Le livre évoque encore le problème que posent le sens d’écrire et le sens de vivre. C’est pour cela que l’auteur souligne que ce roman est "dans son état brut" et qu’il s’agit d’un "cahier d’écrivain" soumis aux modifications. Rien n’est fini, rien n’est définitif. C’est dans ce sens qu’il faut voir les nombreux commentaires sous forme de dessins accompagnés de légendes, d’images, de rébus, des e-mails etc.

Le roman Sorcière fait partie de ces tendances mondiales qui détrônent le roman classique. Exceptionnel par son esprit, authentique et audacieux par sa construction, universel et lucide par ses messages, sans compromis dans sa recherche de nouvelles voies, le roman Sorcière est d’une poésie désarmante.

"Je suis la terre", dit Yovana,

"toi, tu es le ciel. Les védas nous unissent, comme des fils de feu..."

"Ce matin, dit-elle encore,

nous sommes nés en même temps que le soleil. Nous avons le même âge que lui".

Yovana ne dit pas "j’aime", elle dit "je brûle". Le livre de l’amour n’est pas un manuscrit de mots mais un manuscrit de feu. Ce livre-là, inscrit sur la peau humaine, nous tue et nous fait renaître éternellement ; il est véda et éclair, et notre empreinte dans la poussière terrestre.

Le roman Sorcière confirme une fois de plus à quel point les Bogomiles ( les Cathares des Balkans ) disaient vrai en comparant notre monde à une arène où combattent avec férocité deux grandes forces : le bien et le mal, Dieu et le diable. Sorcière est un champ de bataille de ces forces en conflit permanent.

Sorcière est un mystère romanesque, une grande allégorie métaphysique de notre monde.

Dans Sorcière, les époques et les destins s’entremêlent. Yovana, par exemple, personnage du roman, devient tout d’un coup réelle, le livre-même devient la réalité, la réalité devient un livre. Chaque chapitre, il y en a 59, se distingue par sa particularité, mais il crée un rapport avec les autres et, de cette façon, il représente dans le même temps le passé, la fuite de ce passé, le présent et aussi l’anticipation de l’avenir.

Quant à la composition de son roman, Venko Andonovski suit l’avis du théoricien du postmodernisme, Ihab Hasan, selon lequel "il faut supprimer la tyrannie de l’unité dans la littérature", autrement dit elle doit rester ouverte pour des citations stylistiques et des collages, pour les effets de la théorisation. Séduit par les tendances esthétiques d’Umberto Eco, Venko Andonovski crée une oeuvre ouverte, obligeant le lecteur à participer à l’écriture de son roman. Ainsi tout se mélange, les cartes de la terre avec celles du ciel, la réalité avec la fiction, les personnages du passé avec ceux du présent.

Si on devait décrire Sorcière en quelques mots on pourrait dire : C’est une histoire sur le grain de bonheur qui se pose sur la paume depuis l’espace et qui s’envole vers le non-retour si on le respire d’une façon trop passionnée.

Celui qui ne l’a pas vue – n’est pas né,

celui qui l’a vue mais ne l’a pas goûtée – est mort,

celui qui l’a goûtée – n’est pas sauvé car il va vivre.

Moi, et peut-être Toi

Ce roman est un best-seller en Macédoine.

EXTRAIT 1 :

L'AUTEUR : Venko Andonovski

( Voir aussi la proposition de traduction de la pièce Le nombril du monde du même auteur.)

 

© Maria Béjanovska 2007 - tous droits réservés.